Fin de la trêve estivale. Comme beaucoup d’entre vous, j’imagine, j’ai profité de ces jours loin de mon ordinateur pour oublier la crise de l’euro.
Pour avoir passé quelques jours avec les enfants d’une de mes amies — dont un bébé de 3 mois — j’ai appris quelques choses qui ne surprendront évidemment pas les parents mais qui m’ont donné matière à réflexion.
1. Avant de plonger un bébé dans un bain, il faut vérifier la température de l’eau
2. Quand un bébé crie, il faut vérifier les points suivants : nourriture, couche, sommeil. Bref, l’entourer de soin et le rassurer
3. Fixer les limites.
Eh bien figurez-vous que pour les marchés, c’est pareil.
1. Prendre la température du bain
Pour se remettre dans le grand bain, commençons par prendre la température des marchés. Et pour cela, il existe un instrument bien utile, le VIX. Cet “indice de la peur” mesure la volatilité des marchés. En gros, plus l’indice est élevé, plus les marchés sont inquiets. Plus il est bas, plus les marchés ont l’impression que tout roule.

Et la semaine dernière, il était à un plus bas jamais atteint depuis la crise des subprime.
Du côté des rendements européens, là encore, c’est l’accalmie, les rendements espagnols sont tombés à presque 6,5%. Et les taux italiens se maintiennent entre 5,5% et moins de 6%.
2. Rassurer les marchés, s’assurer qu’ils sont heureux
Comment expliquer un tel phénomène. Je ne vais même pas envisager l’explication qui serait que nous sommes en fin de crise. Elle n’est évidemment pas crédible — et je n’ai aucune envie de reprendre après la coupure estivale par la longue litanie des problèmes de l’économie et de la finance européenne, américaine ou asiatique, nous méritons bien de profiter encore quelques jours de la sérénité acquise pendant ces vacances !
Revenons donc à nos marchés qui dorment comme des bienheureux. Ils ont été rassurés, rassérénés, bercés par de douces illusions… et beaucoup de promesses.
Comme les marchés sont ce qu’ils sont – des marchés donc – ces promesses sont celles de mirifiques liquidités promises par les banques centrales.
En fait, le calme que nous observons ces derniers jours est la conséquence directe de ce que nous observions début août, à savoir l’étrange tactique des banques centrales qui n’ont aucune envie d’ouvrir maintenant les vannes de la liquidité et font donc poireauter les marchés en leurs promettant monts et merveilles.
Ainsi Mario Draghi avait promis avant la dernière réunion de la BCE de faire tout pour sauver l’euro. Une annonce qui a plongé les marchés dans un état fiévreux et qui a finalement débouché sur… rien de bien concret.
Aux dernières nouvelles, la BCE envisagerait de mettre en place un système de rachats d’obligations souveraines à partir d’un certain seuil. Ce seuil serait fixé le spread (l’écart de taux) avec le rendement des obligations de référence, à savoir les obligations allemandes. La BCE, comme l’explique Reuters, a démenti sans grande conviction cette information du Spiegel.
3. Etablir une autorité parentale
Vous le savez, l’Allemagne tient à la mise en place d’un plus grand contrôle budgétaire des différentes économies de la zone euro en échange de son aide financière. Or cette union budgétaire centralisée – si elle se fait et est acceptée par les pays membres – prendra des années à se mettre en place.
Qui va sévir en attendant ? L’Allemagne a du mal à s’imposer comme gendarme budgétaire, elle veut donc encourager la BCE à prendre ce rôle.
On aurait pu croire que les relations entre Angela Merkel se seraient tendues après la sortie fracassante de Draghi sur le sauvetage de la zone euro. Il n’en est rien. La semaine dernière, lors d’un déplacement au Canada, la chancelière allemande a déclaré être “en parfait” accord avec Mario Draghi.
La politique de la BCE est certes contestée un peu partout en Europe mais elle est la seule à parvenir encore à calmer provisoirement les marchés. Au fur et à mesure que l’Europe s’est enfoncée dans la crise, son rôle et son pouvoir se sont étendus.
Aujourd’hui, la BCE arrive aux limites de ses compétences légales. Et c’est tout le problème. Contrairement à la Fed, elle ne peut pas imprimer pour sauver les pays européens en détresse. Elle doit aussi concilier des objectifs nationaux divergents. Malgré ces limites “constitutionnelles”, la BCE reste la seule autorité capable d’agir – mais uniquement avec le soutien plus ou moins officiel de son plus gros contributeur, l’Allemagne.
Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Est-ce que cette méthode fonctionne ? Oui, bien sûr ! Nous avons la preuve. Le marché obligataire est plus ou moins sous contrôle, la sortie de la Grèce de la zone euro est maintenant envisagée sans panique. Les marchés savent en outre qu’en confiant les rênes de la zone euro à la BCE, un déferlement de liquidités est à envisager. Sous quelle forme ? Qui va payer ? Quand ? Pour l’instant, ni votre rédactrice, ni les marchés n’en ont la moindre idée mais cela suffit à les rassurer (pas moi).
Prochaine échéance, vous vous en souvenez, la décision de la Cour fédérale allemande sur la constitutionnalité de l’instauration du MES le 12 septembre — c’est-à-dire un mécanisme de sauvetage et de soutien permanent.
Ce que cela signifie ? Eh bien que normalement, nous avons quelques jours de calme –factices– devant nous. Autant en profiter pour adapter notre portefeuille et nos investissements à un automne qui devrait être mouvementé.
Première parution dans la Quotidienne d’Agora le 20/08/2012.



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