“Achetez de la terre, on n’en fabrique plus.” Mark Twain (2/2)

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Par Jean Claude Périvier, rédacteur de Défis & Profits

Mercredi dernier, nous avons vu ensemble comment la crise exacerbait les tensions géopolitiques autour d’un secteur bien particulier : l’agriculture. Nous nous étions quittés sur le premier facteur qui déstabilisait la loi de l’offre et de la demande dans l’agroalimentaire, il est temps de découvrir maintenant le second :

2. L’indisponibilité matérielle de la nourriture
Le manque de quantité suffisante de produits agricoles alimentaires est dû :

  • à la médiocrité de la production, elle-même générée par la pauvreté des sols, la difficulté d’irrigation, l’absence d’engrais, un matériel agricole obsolète ou insuffisant, des infrastructures défaillantes ou inexistantes impactant les capacités de stockage ou de transport ;
  • ou bien générée par le manque géographique de terres agricoles, conséquence de l’urbanisation galopante qui touche tous les pays à des degrés divers — largement plus dans les pays du Sud. On retrouve ici la composante politique, avec l’exode des campagnes ou la confiscation des terres agricoles par certains gouvernements qui les revendent à des investisseurs, à des grandes entreprises ou à des spéculateurs.

Graphique de l'évolution des surfaces de terres arables

30% de calories en plus dans 20 ans
Selon des chercheurs, la sécurité alimentaire de trois milliards d’hommes serait menacée d’ici à 2100. En cause, le réchauffement climatique. Ils estiment que les températures record connues en 2003 pourraient devenir la norme. Mais il faut savoir qu’en 2003, un excès de température de 3,6°C par rapport aux températures moyennes de saison avait fait diminuer les rendements agricoles de 30% pour le maïs, 21% pour le blé et 25% pour les fruits !

Considérez ces quelques chiffres : la consommation par personne par jour au niveau mondial est en moyenne de 2 780 kilocalories (kcal). Mais dans les pays développés, ce chiffre atteint 3 314 kcal, tandis que dans les pays émergents, on ne consomme pas plus que de 2 674 kcal. Mais en 2030, les prévisionnistes estiment que nous serons aux alentours de 3 050 kcal par jour et par personne au niveau mondial, grâce à l’élévation du niveau de vie dans les pays émergents. Nous sommes loin des famines dont je vous parlais tout à l’heure…

Que signifient ces chiffres ?

Nous sommes devant une augmentation de la consommation en calories de l’ordre de 30% d’ici à 2030. Cela paraît gérable aux spécialistes de la FAO, mais les choses ne sont pas aussi évidentes quand on rentre dans le détail.

Les régimes alimentaires dans les parties du monde qui deviennent plus riches sont maintenant dominés par un besoin en protéines et en sucre. Avec les populations qui s’enrichissent, la demande en protéines va exploser – ce qui signifie une demande beaucoup plus forte pour les volailles, le porc et le boeuf. Et cela concerne principalement les pays qui avaient au préalable une alimentation basée sur des mets constitués à partir de grains comme le riz, le blé, ou le maïs.

Cette conversion de régimes à base de grains vers des régimes riches en protéines va augmenter la demande globale en grains car le bétail est lui-même grand consommateur de grains. On peut estimer sans faire trop d’erreurs que si la demande en calories augmente de 30% entre maintenant et 2030, tel que c’est prévu, la demande en grains va progresser d’un même multiple.

Selon l’OCDE, la classe moyenne mondiale va augmenter de trois milliards de gens dans les 20 prochaines années. Leur demande pour des régimes alimentaires à base de protéines va accroître la pression à la fois sur les prix du bétail et sur les prix des grains. La Chine sera en particulier un de ces gros consommateurs dans les 20 prochaines années mais cela concerne les populations partout dans le monde.

Graphique de la consommation de viande par habitant

Graphique de la comparaison sur la base d'équivalent en céréales

Encore une fois, la Chine…
Cela ne vous surprendra pas mais en effet, la Chine va jouer un rôle majeur dans l’évolution de la consommation alimentaire mondiale.

L’objectif de la Chine d’atteindre le niveau de développement des pays avancés progresse à grande vitesse. La révolution économique et industrielle chinoise, depuis qu’elle a démarré il y a environ une trentaine d’années, a conduit à une émigration massive des campagnes vers les zones urbaines.

Aujourd’hui, 50% de la population chinoise habite les villes, contre 17% en 1980. Vous avez été témoin de la croissance incroyable du PIB chinois au cours de ces dernières années. Une robuste croissance économique couplée à une urbanisation continue constitue les fondamentaux de l’ascension économique de la Chine, dans laquelle la classe moyenne va atteindre 31% de la population totale en 2015.

Les pourcentages sont significatifs, mais en valeur absolue ce sont des dizaines voire des centaines de millions de personnes dont on parle ! Naturellement,

Pour en revenir à l’aspect alimentaire, la population urbaine en Chine dépense 2,7 fois plus pour la nourriture que la population vivant en milieu rural. Bien entendu, une partie de cette différence peut être attribuée à des prix plus chers en ville, mais elle provient aussi du niveau de vie plus élevé qui accompagne l’urbanisation. Ce n’est pas tellement que ces Chinois mangent plus quand ils habitent les villes, c’est plutôt la composition de leur régime alimentaire qui change.

Leur régime alimentaire va s’occidentaliser avec une consommation comprenant beaucoup plus de protéines et de sucreries, entraînant une demande mondiale de plus en plus forte pour les grains. Et cela n’est pas prêt de s’arrêter vu la marge de croissance pour atteindre nos moeurs occidentales.

La Chine reste en retard par rapport aux Etats-Unis et à la plupart des nations industrialisées en termes de consommation de protéines. Boeufs et volailles comptent pour 26% de la consommation en protéines, contre 75% aux Etats-Unis et 51% en Corée du Sud.

Par exemple, si l’on compare la Chine et la Corée du Sud, en admettant que la Chine arrive à ce niveau prochainement, c’est environ trois millions de tonnes de viande par an qui seront nécessaires en plus de la consommation actuelle.

Le point de vue de l’investisseur
Les points-clés de l’intérêt de l’agrobusiness sont la croissance démographique, la modification des habitudes alimentaires et l’émergence des biocarburants. Mais les catalyseurs de la valorisation des investissements agricoles sont :

  • La rareté accrue de terres arables ;
  • Le haut potentiel de consolidation tout au long de la chaîne de valeur ;
  • Le besoin d’investissements, en particulier dans les infrastructures.

Une des raisons pour lesquelles je recommande d’investir dans l’agriculture, c’est que le principal moteur de la demande (la croissance démographique) est indépendant de la récession que nous subissons.

Rappelez-vous que 20% de la population mondiale vit avec moins de 1 dollar par jour : les deux-tiers souffrent de famine et de malnutrition. 27% de la population mondiale vit avec 1 à 2 dollars par jour. Ces 2 dollars par jour, aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est le seuil à partir duquel se trouvent résolus la majorité des problèmes de la faim dans le monde (source : Banque mondiale)

Investir dans les déséquilibres agricoles
Investir dans la résolution des déséquilibres mondiaux, et en particulier des déséquilibres agricoles, me paraît l’un des plus intéressants parmi les grands défis que doit affronter la société mondiale.

Depuis plusieurs années, les investisseurs ont pris conscience des variations de prix et de la rentabilité du secteur agricole. Aussi bien les particuliers que les fonds d’investissement se sont positionnés de plus en plus sur les terres agricoles, considérées comme un actif tangible et sûr face au péril des monnaies et aux risques obligataires et boursiers.

Non seulement les terres agricoles génèrent un revenu régulier mais elles apportent aussi une appréciation du capital et peuvent être utilisées comme un rempart contre l’inflation. Et je suis d’avis que cela constitue une bonne diversification d’un portefeuille.

 

Article lié : “Achetez de la terre, on n’en fabrique plus.” Mark Twain (1/2)

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Jean-Claude Périvier

Jean-Claude Périvier est notre spécialiste du marché américain, de la géopolitique ainsi que des investissements géostratégiques.

Jean-Claude Périvier a commencé sa carrière en travaillant dans le management pour un service informatique. Ce poste lui a permis beaucoup de voyages particulièrement aux Etats-Unis – raison pour laquelle il écrit fréquemment sur le marché américain qu'il connaît bien.  Par la suite, il a créé sa propre entreprise... d'ailleurs, il en a créé plusieurs.

En tant qu'entrepreneur il a appris que pour réussir il faut être visionnaire : identifier les tendances de demain et y investir avant que le monde entier se précipite dessus.

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