Par Jean-Claude Périvier, rédacteur de Défis & Profits
La vie difficile et les risques vécus par nos ancêtres ont longtemps été subordonnés aux querelles des grands féodaux puis des dynasties royales, lesquelles se prolongeaient dans des guerres sans pitié. Villes brulées, saccagées, population décimées, exploitations agricoles ravagées, paysans massacrés, tous ces drames émaillent les siècles qui mènent jusqu’à nous.
Et quelquefois le climat se mettait de la partie avec souvent pour conséquence les disettes ou les famines qui pesaient sur les populations. Nous n’en sommes plus là dans les pays occidentaux ; mais cela existe toujours dans les régions moins développées. Et il n’y a pas besoin de remonter beaucoup de décennies en arrière pour trouver de telles situations en Asie.
Peut-on être sûr qu’à l’époque d’Internet et de la téléphonie mobile, cela appartienne vraiment au passé ?
Je suis loin d’en être certain.
Crise économique = montée des tensions
Je parle régulièrement dans Défis & Profits des menaces géopolitiques qui pèsent sur la sécurité du monde : absorbés par nos préoccupations domestiques, nous sommes réticents à observer d’un oeil lucide et anticipateur ce qui se passe ailleurs dans le monde. Nous ne nous inquiétons que lorsque les dangers semblent se rapprocher de nos contrées. Mais cela peut se produire beaucoup plus rapidement que ne le croient la majorité des gens : regardez les embrasements qui se sont produits l’année dernière à 3 heures d’avion de Paris !
Vous êtes de ceux qui l’ont compris : la crise économique mondiale est d’une sévérité extrême et là aussi nous avons collectivement tendance à un déni de réalité. Nous ouvrirons les yeux quand nos vies quotidiennes personnelles seront impactées, avec les cohortes de hausses d’impôts, de baisse du pouvoir d’achat, de dévalorisation des actifs, de montée du chômage, de non paiement des retraites – qui sait ?
Les crises économiques, souvent amplifiées par des crises financières et sociales, ont eu souvent pour conséquence la montée des tensions entre pays, les peuples étant souvent à la recherche d’un bouc émissaire. Souvent ces tensions s’expriment au sujet de la possibilité d’accéder à une ressource particulière : par exemple, il y eut le charbon et le fer de la Sarre au 20ème siècle ; il y eut également le pétrole au Moyen-Orient. La lutte pour les ressources naturelles de l’Afrique est d’ores et déjà à l’oeuvre, même si l’on en parle peu et si cette lutte se fait dans l’ombre ou à fleurets mouchetés.
Ce qui va se développer ce prochain siècle sera encore plus vital et de loin. Il s’agira d’éviter les famines ; il s’agira de luttes pour les productions agricoles. Oui, l’agriculture deviendra un enjeu géopolitique et stratégique.
Une crise économique peut muter en crise alimentaire
Arrêtons-nous un instant sur l’analyse d’Amartya Kumar Sen. C’est un économiste Indien (Bengali, même) qui a reçu le prix Nobel d’économie en 1998 pour ses travaux sur la famine, sur le développement humain, sur les mécanismes engendrant la pauvreté, sur la théorie du développement humain.
Dans un livre publié en 1981, il démontre que les famines ne sont pas seulement dues au manque de nourriture mais aussi aux inégalités provoquées par les mécanismes de distribution de la nourriture. Il a lui-même été témoin de la famine au Bengale en 1943 (3 millions de morts). Il pense qu’il y a eu, à cette époque en Inde, un approvisionnement suffisant, avec une production plus élevée que les années précédentes.
Mais l’accès à l’alimentation a été, cette année de famine, perturbé parce que certaines catégories de la société avaient perdu leur emploi et donc leur capacité à acheter correctement de quoi se nourrir. Selon lui, des événements économiques et sociaux comme la baisse des revenus disponibles, le chômage, la hausse des prix de la nourriture et la pauvreté des systèmes de distribution mènent à des crises alimentaires plus ou moins graves – et à la famine pour certains groupes sociaux.
Selon Amartya Kumar Sen, les causes de nombreuses famines sont aussi liées au manque de démocratie : un gouvernement, qui doit rendre compte de son action devant les citoyens, ne laisserait pas se produire une famine. C’est pour lui un trait commun aux famines du XXe siècle, notamment celles qui se sont déclenchées dans les pays à régime autoritaire ou communiste.
Pour trouver des pistes d’investissement liées à ce thème, je vous propose d’aborder les causes de ces problèmes. A l’évidence, les populations souffrent de la faim quand elles ne peuvent accéder à la nourriture en quantité suffisante. Pour faire simple, il y a deux cas de figure :
1. Les causes économiques
Quand les gens n’ont pas d’argent pour acheter de quoi se nourrir… ils n’achètent pas. Quand ils en ont juste les moyens mais que les prix se mettent à flamber, ils n’achètent plus. C’est une règle générale, mais quand elle s’applique aux pays les plus pauvres (où l’alimentation peut représenter 70% du budget), une partie de la population perd l’accès à la nourriture.
Cette inaccessibilité économique à ce besoin primaire est terriblement accentuée par la croissance démographique mondiale et l’élévation du niveau de vie chez les grands émergents. Naturellement, c’est la loi de l’offre et de la demande qui s’applique ici mais elle est exacerbée par deux phénomènes relativement nouveaux :
- L’utilisation de la production agricole pour les biocarburants ;
- L’évolution de la consommation de viande qui met l’élevage en concurrence avec les hommes pour la consommation de céréales.
Et je ne mentionnerais que pour mémoire le rôle de la spéculation des fonds d’investissement.
Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur la formation des prix mais l’énergie entre pour une bonne part dans ceux-ci, à travers les carburants, les machineries ou les engrais et les pesticides. Avec le prix du pétrole structurellement à la hausse, les prix agricoles sont tirés vers le haut.
Mercredi prochain, nous verrons ensemble le second phénomène qui bouleverse la loi de l’offre et la demande. Nous verrons également le poids du réchauffement climatique et bien sur le rôle de la Chine… mais je vous expliquerai aussi comment vous positionner pour investir dans les grands déséquilibres agricoles qui se profilent.



Bonjour,
un paramètre vital : la climatologie, et cela implique que de nombreuses zones peuvent ne plus produire.
un autre, regardons du côté du Japon, c’est la pollution irréversible de zones entières.
à suivre