Un malaise américain qui ne guérit pas (2/2)

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Par Ségolène Zimmern

Nous avons vu lundi dernier, les trois premières raisons qui nous font douter de la reprise américaine. Ne perdons pas de temps et penchons nous sur le quatrième point d’inquiétude.

4-Le revenu des ménages stagne

Sans aucun doute, l’indicateur le plus pertinent dans l’estimation de l’état financier des Etats-Unis est le revenu moyen des ménages. Or il stagne depuis trois ans. Les salaires de ceux qui ont un travail ne progressent pas. En réalité, après ajustement pour inflation, les salaires réels ont même baissé en 2011. Ce graphique nous montre un taux de chômage qui baisse légèrement (en bleu), mais un revenu moyen qui s’effondre (en rouge).

Graphique de l'évolution des salaires aux Etats-Unis

Les Etats-Unis réussissent à produire et à exporter avec de moins en moins d’employés, dont le salaire ne bouge pas. Selon le fonds canadien Tundra Finance : “Aux Etats-Unis, le taux de chômage observé en février 2011 était de 9%. Les recettes fiscales ont été de 110,6 Mds$ durant le mois. En comparaison, le mois de février 2012, le taux de chômage a chuté à 8,3% (ce qui fait croire à une reprise de ce côté) mais les recettes fiscales ont chuté à 103,4 Mds$…On crée des emplois, mais à faible revenu.”

La menace : une population qui ne se renouvelle pas et qui devra payer la dette – à commencer par les jeunes sans emplois qui sont prêts à quitter l’Amérique pour travailler ailleurs. La population américaine est une population vieillissante (comme l’Europe) avec une jeunesse (dont elle dépend pour payer la dette) qui fuit. C’est bien pour cela que la nouvelle loi qui se discute au Congrès américain, la loi 1813, envisage de retirer le passeport de tous ceux qui n’aurait pas payé un certain montant d’impôt. Nul besoin de vous dire que ce projet est extrêmement controversé à l’heure actuelle. Le but était de limiter l’évasion fiscale ; mais cette nouvelle règlementation risque de voir l’effet inverse se produire. Une telle loi est liberticide puisqu’elle vise à entraver la libre circulation des citoyens américains privés de passeport.

5-Pas de revenu, pas de consommation intérieure
Oublions la dette et tournons-nous vers le PIB.

Si l’emploi reprend trop lentement, les employés ne sont pas augmentés, les recettes fiscales baissent, il ne reste plus qu’une solution : se serrer la ceinture. C’est effectivement ce qu’on fait les Américains, plus involontairement que volontairement, en réduisant leurs dépenses. La consommation intérieure se réduit donc, et les importations baissent.

Selon les données publiées en avril par le département du Commerce, le déficit commercial des Etats-Unis a chuté en février sous l’effet d’un recul inattendu des importations de 5,2% sur le mois, soit la plus forte baisse depuis trois ans, nous explique Le Figaro. Ajusté pour les variations saisonnières, le déficit est tombé à 46 Mds$ contre 52,5 Mds$ (chiffre révisé) le mois précédent. L’Amérique redevient peu à peu son propre fournisseur pétrolier, mais la baisse d’importations est plus révélatrice d’une consommation qui se détériore. Selon Shadow Government Statistics, les ventes au détail ont augmenté de 0,5% à 0,6% entre février et mars. Autant dire qu’au premier trimestre 2012 : consommation nulle.

6-L’unique croissance : le taux de pauvreté
Dans La Quotidienne d’Agora de septembre 2011, le Dr. Unger nous parlait déjà d’une population américaine sous le seuil de pauvreté.

2010 avait vu un record de 49 millions d’Américains passer sous ce seuil. L’indice “US Misery” – l’indice de la misère, créé par l’économiste Arthur Okun – cumule le taux d’inflation et le taux de chômage pour donner l’état de pauvreté d’un pays. Aujourd’hui, l’indice de 2012 est à 10,8%. Mais comme nous l’avons vu, le taux de chômage est plus élevé que décrété par l’Etat américain. Ajustons le taux d’inflation sur la base de l’IPC (l’indice des prix à la consommation), et le taux double. Ainsi nous avons un indice de la misère qui ne fait que croître.

Que représente donc cet indice, en réalité ?

Cette année, 46 millions d’Américains touchent des aides alimentaires du gouvernement sous forme de food stampsdes tickets de rationnement comme à la guerre. Parmi ces 46 millions, 1 sur 6 sont des seniors souffrant des frais de santé non-remboursés par l’Etat. Dans sa tentative de réduire les dépenses, ce dernier coupe toute aide à Medicare, le programme de sécurité sociale destiné aux personnes âgées. Et répétons-le, il y a de moins en moins de jeunes pour en assumer la charge financière.

Quelle issue pour le dollar ?
Il n’existe malheureusement pas de formule magique qui puisse rétablir la croissance et rembourser une dette qui augmente. Il existe ce que connaît la Grèce actuellement : les plans d’austérité. L’Amérique peut continuer les “plans de relance”, imprimer des dollars pour pousser les banques à prêter plus, mais ce n’est que repousser le problème à plus tard.

Annuler les dettes de tout le monde résoudrait seulement une moitié de l’équation, autant pour les Etats-Unis que pour l’Europe. Car même sans dette, la croissance reste l’élément essentiel. L’Amérique compte peut-être sur l’éventuelle dépréciation du billet vert pour mieux exporter et relancer son économie. Mais “vous ne pouvez pas seulement émettre plus d’obligations pour résoudre le problème de l’emploi” nous dit Robert Mundell, professeur d’économie à l’université de Columbia.

En ce qui vous concerne, en attendant le retour du rêve américain, achetez de l’or pour vous prémunir d’une très grave crise monétaire tant sur le front de l’euro que celui du dollar.

Première parution dans la Quotidienne d’Agora le 30/04/2012.

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