A l’issue de la Deuxième guerre mondiale, notre pays a mis en place ce que l’on appelle l’Etat-Providence. L’essentiel de nos dépenses est constitué d’aides sociales héritées de l’Histoire et d’un pacte républicain.
Je fais partie de ceux qui sont très attachés à notre “modèle social” et qui souhaitent défendre non pas ce système, car un système doit forcément changer, évoluer et s’adapter mais défendre une idée essentielle, qui consiste à dire que de façon générale “les forts doivent prendre soin des faibles“.
C’est d’ailleurs fondamentalement le rôle de la cellule familiale où les parents protègent et s’occupent de leurs enfants… jusqu’à ce que l’âge faisant les rôles s’inversent.
Cette structure “naturelle” et “instinctive” a peu à peu été brouillée dans nos sociétés par la modernité et l’apparition très récente de l’Etat-Providence.
Dans le cadre de la campagne électorale en cours, beaucoup se demandent quel impôt augmenter. Où trouver de nouvelles ressources ? Sur la base de quelle assiette ? De la TVA sociale à l’augmentation de la CSG, la créativité et l’insécurité fiscale atteignent leur paroxysme.
Au cours des cinq dernières années, il y a eu une nouvelle règle fiscale tous les 10 jours — soit 150… Une telle agitation est à la hauteur et à la mesure d’un emballement général. Emballement de la dette, emballement des coûts liés aux aides sociales, emballement des dépenses, et finalement incapacité de poser les bonnes questions sur notre situation.
Ces questions sont dérangeantes. Ces questions sont troublantes. Mais comment poser un diagnostic sérieux et apporter des réponses adaptées nous permettant de sauver l’idée à laquelle beaucoup d’entre nous tiennent sans les évoquer ? Ce n’est pas forcément politiquement correct, c’est même gênant, mais il faut aborder ces sujets dans leur totalité. C’est à ce prix que nous pourrons sauver et faire vivre l’idée que les forts ont une responsabilité morale à l’égard des faibles, les bien-portants envers les malades, et que la solidarité et l’intérêt que nous portons à l’autre est ce qui nous distingue de l’état animal.
La promotion larmoyante de l’assistanat
France 2 diffusait en début de mois un reportage sur deux femmes “habitant” dans leurs voitures respectives à Paris. La première est âgée de 36 ans. Elle nous explique, les larmes aux yeux : “je n’arrive pas à réchauffer mon corps, j’ai froid, j’ai tellement froid“. Mots simples pour une réalité douloureuse.
“Je ne veux pas aller dans un centre d’hébergement. Les gens crient, sont sales, ils sont pleins de poux…“, nous dit la deuxième femme, 60 ans, bénéficiaire d’une pension d’invalidité de 850 euros. Hélas, on la croit volontiers.
Le froid aidant, ce reportage a ému une grande partie de la population française. De nombreuses propositions d’aides sont arrivées chez France 2. Des mails par centaines. Proposant hébergements ou travail. Un élan de solidarité tel, que mardi soir, France 2 faisait au JT de 20 heures un reportage sur le reportage de la veille.
Aller au-delà des images
Tous autant que nous sommes, nous ne pouvons pas rester insensibles à la détresse humaine. Mais ne faisons-nous pas collectivement fausse route ? Parlons-nous des vrais problèmes ? Et si nous allions au-delà des images ?
Reprenons. La dame qui gagne 850 euros net de pension d’invalidité est-elle “obligée” de rester couchée et de vivre dans sa Saxo à Paris ? La réponse est non.
Donc il y a d’autres raisons qui la poussent à ce (non) “choix”.
Qui osera expliquer à cette dame que rien ne la retient dans sa voiture à Paris ; qu’après le périphérique se trouve le reste du pays ; que le logement n’est pas un marché unique mais très différent d’une ville et d’une région à l’autre ? Qui osera lui dire qu’elle se trompe peut-être ? Qui osera lui dire que la collectivité, la solidarité nationale (qui est indispensable) lui verse chaque mois, toute sa vie durant, 850 euros net (sans qu’elle soit productive) et que cela lui permettrait de vivre dignement comme des milliers de nos concitoyens au minimum vieillesse (qui est inférieur à cette somme) ?
Doit-on d’ailleurs le dire ? Est-ce interdit de poser la question de la limite de l’assistanat et du commencement de la responsabilisation individuelle ?
Cent fois oui à la solidarité. Cent fois oui au fait de n’abandonner aucun de nos pauvres, de nos faibles, de nos malades sur le bord du chemin. C’est cela qui fait de nous des hommes et un pays. Mais non à la démagogie économique, et non aux mauvais raisonnements.
Tous ceux qui veulent l’aider se trompent-ils également ? Cet élan de générosité va-t-il se fracasser sur la réalité de l’aide à la réinsertion des SDF dont parlent très bien certains acteurs comme la Fondation Abbé Pierre, qui sont des professionnels reconnus sur ce “secteur” de la grande misère ?
Cette femme a peu de moyens (financiers). Mais rationnellement parlant, elle pourrait s’en sortir avec les revenus dont elle dispose. Il y a bien sûr certainement d’autres raisons à sa détresse.
Ce qui amène un individu à la rue est une succession de ruptures et de souffrances, est plurifactoriel et généralement très complexe.
Les bons sentiments ne font pas les bonnes solutions
L’autre femme est âgée de 36 ans. Ses enfants ont été placés. Néanmoins, je pose la question qui fâche. Pourquoi cette femme ne travaille-t-elle pas?
Les bonnes âmes sensibles me trouvent sans doute trop cynique, trop dur. Mais McDo recrute. KFC recrute (y compris des “seniors” — comprenez que sur le marché du travail français on est senior à partir de 40 ans).
Il existe des postes. Il y a du travail. Même pendant la crise. Surtout à Paris. De la distribution des journaux gratuits le matin, au portage de publicités dans les boîtes aux lettres, il existe des centaines de postes très, très accessibles.
Pourquoi ? Parce que ce sont de “mauvais” boulots. Durs, mal payé (le SMIC) et à temps partiel. Les gens les prennent en attendant mieux. Dès qu’ils trouvent mieux ils partent. Le turn over y est très important. Il y a donc en permanence des postes à pourvoir. Alors pourquoi ne travaille-t-elle pas pour pouvoir retrouver un logement et mettre toutes les chances de son côté pour retrouver ses enfants ?
Parce qu’il y a sans doute d’autres raisons. Je ne connais pas les situations personnelles de ces héros du reportage de France 2.
Ce qui est sûr, c’est que notre politique d’assistanat doit être revue pour être plus efficace et que son coût reste sous contrôle (il semblerait que nous ayons un léger problème de dettes).
Les riches aussi sont des assistés qui coûtent cher
Mais il n’y a pas que les “pauvres” qui soient déresponsabilisés. Nos “riches” aussi le sont. D’ailleurs les riches bénéficient d’un “assistanat de riches” extrêmement coûteux.
Il n’y a donc personne pour poser la question de savoir si les niches fiscales sont autre chose qu’un simple assistanat pour bourgeois ?
Lorsque la télé nous passe un reportage sur “les Robiens de la colère”, il ne se trouve personne pour se poser les questions de fond. Ce reportage de M6 concernait de pauvres victimes, qui, ayant trop d’argent sur leur compte bancaire et ne voulant plus payer d’impôts, sont allées acheter de mauvais appartements, dans de mauvaises résidences, pour lesquels elles ne trouvent pas de locataire ou alors avec des loyers très très bas.
Le titre même de l’émission est scandaleux car il fait référence à l’ouvrage Les raisins de la colère, décrivant des souffrances endurées par la population américaine lors de la grande crise de 1929.
Nos “petits bourgeois” qui ne veulent pas payer d’impôts endurent-ils la même souffrance ? Peut-on et doit-on poser la question ?
Alors que font-ils ? Ils se regroupent en association. Portent plainte contre les vendeurs, promoteurs, qui les ont forcés avec une arme à signer 300 pages de papier à “l’insu de leur plein gré” chez un notaire pour ne pas payer d’impôt.
Ils font pression sur l’Etat pour avoir des aides et des aménagements. La collectivité doit-elle les aider ? Sans doute pas. Peut-on poser la question de la responsabilité personnelle lors d’un investissement ?
Riche ou pauvre, tout ne peut pas être attendu de l’Etat, des collectivités ou des associations. Il arrive un moment où certaines règles doivent être rappelées.
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On peut vivre ailleurs qu’à Paris.
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On peut chercher un travail et en trouver.
Nous sommes un peuple d’enfants attendant le salut de sa maman l’Etat. C’est pour cela que la France va mal. Nous devons être inventifs et courageux. Nous devons préserver notre système de solidarité. Mais plus je regarde la télé et plus je me dis qu’il ne faut pas confondre solidarité et absurdité.
Notre système ne pourra pas être sauvé si nous continuons comme cela. De plus en plus d’économistes parlent à demi-mots de la fin de l’Etat-Providence.
Aucun d’entre nous ne souhaite que la fête ne s’arrête, aucun d’entre nous ne pose la question de la redéfinition du rôle de l’Etat dans notre économie. C’est le sujet essentiel des prochaines années. Quel rôle pour l’Etat ? Quel degré de dépenses et donc d’impôt ? Quel pacte social ? L’aide se définit comment ? Aider signifie quoi ? Quelle est la limite à l’assistanat ?
Car il faut en être conscient, quelle que soit notre émotion, nous n’aurons très rapidement plus les moyens de verser les retraites à nos aînés avec, en 2010, 1,42 actif pour un retraité. Un système économique fonctionne sous contrainte. La principale contrainte est la richesse disponible. Tout le reste n’est que de la littérature.



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[...] un point de vue très personnel sur l’économie. Aujourd’hui, il s’interroge : est-ce la fin de notre Etat-Providence ? AKPC_IDS += [...]
22 février 201212:34